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Histoire de la Citoyenneté Manjak

Tout le monde semble s’accorder à dire que les Manjaks viennent de la Guinée Bissau, un pays lusophone, administrativement divisée en 9 régions : Biombo, Cacheu, Oio, Bafata, Gabu, Tombali, Quinara, Bolama Bijagós et le Secteur autonome de Bissau. Les Manjaks se situent dans la région de Cacheu, une région atlantique, située au Nord-Ouest du pays et frontalière avec le Sénégal par la Casamance.

La ville de Cacheu, chef-lieu administratif de la Région, est la première ville bissauguinéenne, fondée par les portugais en 1446.

Le pays Manjak est divisé en une partie continentale et une partie insulaire. Au niveau continental il est délimité au Nord par le Fleuve Cacheu, au Sud par le fleuve Mansoa, à l’Est par le Bipo et le Peche, à l’Ouest par l’Océan Atlantique. Le territoire insulaire comprend les îles de Pescisse et de Jeta. La superficie du pays est de 2445 km2, la densité : 32 h par km2.

C’était un mini Empire de sept royaumes : Baserar, Plounde, Babok, Boula, Kalëkës, Kayu et Biombo. Le pouvoir y était à vie, mais non héréditaire, son étique : rechercher toujours dans son exercice, l’équilibrage naturel des choses qui doit exclure de sa nature et de son fonctionnement, toute forme de dictature.

La région compte aujourd’hui six secteurs administratifs : Cacheu, Canchungo, Bula, Caió, Bigene et São Domingos), pour une superficie de 5.175 km² (14,3% du pays) dont 2.445 Km² de « Pays Manjak ».

Les Manjaks sont partout dans le Monde, mais c’est en Guinée, au Sénégal, en Gambie, en France, au Portugal et en Espagne où ils constituent les communautés les plus importantes.

De Basserar, le groupe aurait essaimé en direction du Sud, de l’Ouest et du Nord, jusqu’en Casamance, en Gambie, au Sine Saloum, à Dakar, à Saint-Louis, et même en Mauritanie.

Avec l’avènement du colonialisme, il sera l’un des premiers à faire l’expérience de la navigation marchande au début du 19° siècle, d’abord avec les portugais, puis avec les anglais et enfin avec les français, ce qui explique leur présence massive aujourd’hui au Portugal, en Angleterre, mais surtout en France, une sorte de transposition de la sous région Guinée, Gambie, Sénégal.

Si l’on ne peut affirmer en toute certitude l’existence de l’Histoire du peuple manjak avant qu’il n’arrive en Guinée Bissau, on ne peut en raconter sans s’intéresser à la façon dont son peuple lui-même se souvient de la morale qui défend ses vertus.

Même s’il n’existe aucune preuve matérielle de ses événements historiques de son peuple, son monothéisme multidimensionnel que nous appelons « Balougoumisme » reste pour lui, une source d’inspiration sociale, civique, juridique, économique, politique et philosophique; un guide des comportements quotidiens, une leçon de vie, de courage, un acte d’espérance.

La Morale citoyenne qui défend les vertus pour le bien du peuple Manjak – très proche de la Morale juive de base - enjoint à chacun de considérer le travail comme une priorité absolue ; de considérer le Seuil de la Maison (Pëlëman Kato ) comme endroit où les Ancêtres (Balougoums) rendent justice et fixe la valeur des choses et des actes », d’éviter d’être oisif pour ne pas devenir une charge, et donc un danger pour la Communauté, parce qu’il peut en venir au brigandage, voir au meurtre, et nuire ainsi au groupe tout entier ; d’accepter la compétition de la parenté par le sein qui permet d’avoir une chance de faire fortune, mais fait aussi courir le risque de l’échec, tout en rendant nécessaire la solidarité ; de soutenir la Case sacrée (Uniw uyëman), parce qu’elle permet de venir en aide aux pauvres en toute discrétion - à ceux qui ont les moyens de donner anonymement, aux nécessiteux de recevoir sans se faire connaître - de rechercher la fortune sous trois formes : un tiers en Grenier (Bëlingar), un tiers en Bétail (Pëtani) et un tiers en Argent (Uncaam) ; d’éviter de nuire au groupe aux yeux du tiers ; de faire fortune pour se préserver de la tentation du vol, d’obéir à la Loi locale.

La même Morale citoyenne soutient : « le travail fait la personne, le mariage fait la femme, la femme fait l’homme. Aucune femme n’est ni laide, ni vielle pour un homme. Un homme, aussi laid soit-il qui s’érige en travailleur, peut se voir accorder la main de la fille la plus belle de la région, fut-elle une princesse. Il ajoute : si ton père meurt tu n’a pas de vache à tuer, vas chercher et tuer ton neveu ; ton beau-père meurt tu n’a pas de vache à sacrifier, amène et sacrifie ton épouse.

Puisque seul celui qui travaille peut avoir une vache à sacrifier et sauver ainsi la vie de son neveu et partant, celle de son épouse, la mère de ses enfants, de réussir sa vie et dans la vie, aux Manjakx il ne leur reste qu’une chose : travailler, toujours travailler et encore travailler, quitte à aller le chercher ailleurs.

Considérant le travail comme une priorité absolue, à chaque fois que le bruit se répand que la situation ailleurs est bien meilleure, ils se mettent à suivre le mouvement de l’emploi, comme fournisseur de la force du travail, s’installant au fur et à mesure dans des villes étapes comme manœuvre, ouvrier ou employés. C’est ainsi qu’ils finiront par se retrouver aux quatre coints du Monde. Pour certains, l’assimilation se met en marche, mais la plupart la refuseront, entretenant la Tradition comme base de l’ordre intellectuel et de l’adaptation réussie, au point qu’ils finiront par être à l’écart de la réalité politique des pays d’accueil. Dès 1970, un groupe de jeunes élèves Manjaks de Sédhiou, dirigé par Ousmane Denis Correa, décide de forcer les limites communautaires, en proposant un autre paradigme : Envoyer les enfants à l’école, quel que soit le niveau de pauvreté ou le nombre d’enfants, non pour le profit mais pour l’intelligence de la Loi, et non seulement les garçons mais les filles aussi.




OUSMANE DENIS CORREA ET L’AJMS « SOLEIL LEVANT »

« En 1967, dit Ousmane Denis Correa, le Département de Sédhiou constituait le point de convergence des élèves admis à l’entrée en sixième, du fait que c’était l’unique Collège d’Enseignement Général au niveau de tout le Département. La majeure partie des élèves Manjaks qui vivaient dans cette localité était soumise à des conditions de vie très difficiles. Pour faire face à cette situation, ils ont décidé de réagir collectivement afin de pouvoir s’entre aider et créer des conditions favorables à leurs études. Mais il y avait une autre raison : le faible taux de scolarisation de la Communauté, comparée aux autres ethnies de cette localité.
En 1970, voit le jour une Association dénommée : Association des Jeunes Manjakus de Sédhiou (AJMS). Les personnes qui étaient en charge de sa direction était : Germain Ficou, Pierre Thiana et moi-meême. J’ai été élu Président.
« AJMS » avait pour Missions d’Œuvrer pour l’augmentation du taux de scolarisation et le maintien des enfants Manjaks à l’école, le développement économique et social du Peuple Manjak, et, l’émergence de la culture Manjak au niveau national.
En effet, les Manjaks étaient très réticents à la scolarisation de leurs enfants, en particulier pour les filles, Ce qui expliquait le faible taux de scolarisation au profit de l’agriculture pour les garçons, et des tâches ménagères pour les filles. En raison du développement de la culture de l’arachide qui constituait la principale activité économique des Manjaks, ces derniers refusaient de perdre leur main d’œuvre en envoyant leurs enfants à l’école. A cela venait s’ajouter le changement de comportement de certains élèves qui n’encourageait pas les chefs de famille à inscrire leurs enfants à l’école. Nous pouvons noter à titre d’exemple des élèves qui refusaient d’aller travailler dans les champs pendant les vacances ou de manger certains plats préparés au sain de leur famille. Ce qui nourrissait des conflits de génération.

«AJMS» a mené un certain nombre d’activités, allant des rencontres de concertation avec les jeunes élèves, aux activités de sensibilisation auprès des parents, L’objectif était de promouvoir la scolarisation et le maintient de leurs enfants à l’école, afin de permettre à l’ethnie Manjak de disposer d’une élite et des cadres, capables de participer à la construction de la Nation sénégalaise, et de contribuer au développement économique du pays. En ce qui concerne les réalisations ou résultats obtenus, il y a eu une Prise de conscience des parents sur l’intérêt de la scolarisation des enfants. On note aujourd’hui une croissance du taux de scolarisation chez les Manjaks qui envoient massivement leurs enfants à l’école. Le but de cette Association était, à l’instar du Soleil levant qui éclaire la Terre et guide les hommes, de favoriser le réveil, voir la révolution du peuple Manjaku, à partir de la scolarisation de ses enfants, en vue de renverser la tendance du Moment. D’où son surnom de « SOLEIL LEVANT ».
Les perspectives furent d’amener les émigrés disposant de moyens à créer des entreprises, Convaincre les jeunes à ne pas sous estimer certains travaux, Créer la prospérité au sein des familles, soutenir la scolarisation des enfants, développer et promouvoir la langue et la culture Mnjakus !

En 1964, la Mission Evangélique « NTM/ Nouvelles Tribus » s’installe dans les localités de Simbandi Brassou et de Dianamalary, avant d’être transférer en 1967 à Fanda et à Kougnara.

Le 19 Mars 1980, deux couples débarquent à Tognataba, puis à Santhiaba. Ils commencèrent à mener des recherches linguistiques sur le terrain. En 1985 ils déposèrent une requête au niveau du Ministère de l’Education et des Langues Nationales qui témoigne de l’existence de la langue Manjack au Sénégal.
En 1986 commence l’apprentissage de l’écriture et de la lecture de la langue Manjack à l’école de Santhiaba, en 1987 au foyer des jeunes de Tognataba.
En Mars 2000, la sensibilisation commence à gagner le terrain. La cellule de Kolda dépêche un de ses membres auprès des initiateurs de Tognataba et de Santhiaba afin de mobiliser le peuple Manjack dans le cadre de la codification de sa langue. Le relais politique était devenu nécessaire.
En 2001, la cellule des Manjaks de Kolda entre en contacte avec celle de Dakar pour former une Association Nationale. Mamadou Nafoulé Gomis présenta alors son Association dénommée « Association Kajiër Manjaku (AKM) » qui fut adoptée comme Association Nationale, en charge de mener le projet de codification de la Langue Manjak à son terme.
La réponse des autorités sénégalaises porta sur la formation d’une équipe scientifique et la vérification de la requête des Missionnaires, déposée au Ministère en 1985. Le dossier est soumis au Comité scientifique en charge de la validation du travail réalisé
A Kolda, dans le cadre de la préparation de la codification de la langue Manjack, s’est tenue une première réunion chez le Docteur Malang Diocou en Avril 2000. Une deuxième réunion eut lieu à l’école élémentaire de Doumassou plateau le 08 février 2002.
A Dakar cinq réunions seront tenues à la Chambre de Commerce, et cinq à la Direction de la Promotion des Langues Nationales (DPLN).



MAMADOU NAFOULE GOMIS ET L’ASSOCIATION KAJIËR MANJAKU »

Dans le Document de codification que Mamadou Nafoulé Gomis nous a remis lors d’un de ses passages à Paris on lit :

« Les 12 et 13 Avril 2002, le Manjak, sous l’égide de l’Association Kajiër Manjaku (AKM), a été élevé au rang de onzième langue nationale du Sénégal dans l’ordre des codifications.

En vertu de la loi fondamentale du 07 Janvier 2001, l’objectif de la Direction de la Promotion des Langues Nationales (DPLN) était d’élever toute langue du pays au rang de langue nationale, de promouvoir une diversité culturelle positive pour capter toutes les énergies possibles et nécessaires à son dynamisme, de valoriser les langues au moyen de l’écriture.

Les acteurs de la codification étaient : le Ministère de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle, de l’Alphabétisation et des Langues Nationales (METFPALN) ; La Direction de la Promotion des Langues Nationales (DPLN) et l’Association Kajiër Manjaku (AKM).

Les Partenaires du projet étaient : le Bureau Régional pour l’Education en Afrique (BREA), la Coordination Nationale des Opérateurs en Alphabétisation au Sénégal ( CNOAS), le Centra Nationale des Ressources Educationnelles ( CNRE), la Direction de l’Alphabétisation et de l’Education de Base ( DAEB), la Direction de l’Enseignement Secondaire Techbnique (DEST), la Direction de la Promotion des Langues Nationales (DPLN), l’Inspection Académique (IA), l’Inspection Départementale de l’Education Nationale (IDEN), les Langues Nationales (LN), le Ministère de l’Education Nationale (MEN), le Ministère de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle, de l’Alphabétisation et des Langues Nationales (CMETFPALN) ; la New Tribues Mission (NTM); le Plan d’Action (PA) ; le Projet d’Appui au Plan d’Action (PAPA), l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) ; l’Union des Ecrivains Sénégalais en Langues Nationales (UESLAN) ; l’Union Nationale des Associations de Langues (UNAL) ; l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO).

Les activités préliminaires reposaient sur les préparatifs qui s’étaient faits autour de la mobilisation et d’implication de la Communauté Manjak .

AKM avait mis au point des Missions qui avaient parcouru l’ensemble du Sénégal et de la Guinée Bissau pour informer, sensibiliser, mobiliser, recruter, former pour la cause commune : promouvoir la Langue et la Culture Manjaks par l’écrit. Des réunions ont été ainsi tenues et des campagnes d’explication menées. Les missions de sesnsibilisation, pilotées par la DPLN, avaient été dépêchées auprès des IA, IDEN, Collectivités Locale, etc, pour faire de ces assises l’affaire de tous. Tous les segments de l’administration, des partenaires financiers et techniques, des Institutions de Recherches et de formation ont été informés et sensibilisées, et il y eut une implication inestimable de la presse publique et privée.

Les résultats étaient : la Collecte des contributions des populations, la signature d’un contrat de travail avec la DPLN et la Mise sur pied d’un Comité Scientifique pour l’élaboration d’un document de base.

Le Comité Scientifique était piloté par Aliou Ngoné SECK, linguiste, chercheur et enseignant à l’ UCAD. Quatre principes majeurs guidèrent les travaux du Comité : la Scientificité, le Consensus, l’Efficience et l’Efficacité.

Le Séminaire de codification s’est déroulé en trois phases. D’abord la cérémonie d’ouverture à travers une variété musicale où les différentes troupes artistiques ont déplié les tableaux de la vie quotidienne dans les fastes d’une époque royale. Ce fut un carnaval pittoresque où des jeunes filles, guirlandes en bandoulières et les poitrines bardées d’émeraudes et de corail, déployaient les différentes facettes de la culture manjak qui, à travers l’exposition, respirait la spiritualité. Ce fut ensuite les travaux d’ateliers. Un atelier préparatioire a été organisé en janvier 2002 à Dakar par un Comité Scientifique Pluridisciplinaire nommé par le METFPALN. Il avait pour Mandat de proposer un rapport sur la normalisation de la transmission de la langue Manjak. Puis ce fut le Séminaire d’évaluation, de finalisation, de partage et d’adoption des résultats dudit atelier. Il s’agit là d’une exigence de la démocratie, et, un pari sur le développement endogène. Avec la politique de la codification, chaque Communauté linguistique pourra exercer, dans le cadre du plurilinguisme voulu par l’Etat, le droit de s’épanouir dans sa Langue, pour développer son génie propre et s’intégrer harmonieusement dans une Nation riche de sa diversité. L’objectif général du Séminaire était d’harmoniser la transcription de la langue Manjak, l’objectif spécifique : procéder à la validation technique des proposition d’alphabet, d’orthographe et de découpage des mots dans la phrase manjak ; proposer l’esquisse d’un projet de decret relatif à l’orthographe et à la séparation des mots en manjak ; élaborer un plan d’action décennal pour la Promotion de la Langue Manjak. Et enfin, la cérémonie de clôture.

Le décret relatif à l’orthographe et à la séparation des mots en Manjak fut rédigé en 5 chapitres et en 14 articles.

Les initiatives de «Soleil Levant » furent ainsi couronnées par le Comité Scientifique du Projet de Codification de la Langue Manjak, porté par l’Association Kajiër Manjak qui conclut ses travaux en ces termes : « La promotion de la langue Manjak ne sera effective que si l’on fait d’elle un véritable instrument de communication, d’information, de formation et de développement. Ce changement de statut de ladite langue est un processus dynamique qui commence avec sa codification, renforce la démocratie et se termine par des actions concrètes d’une Organisation comme « Espace de Recherche et de Promotion de la Culture Manjak (ERPCM) dans les six domaines suivants : Etudes et Recherche, Formations, Edition, Communication, Mobilisation des ressources, Suivi ».



BLIPH SECKOU NDIAYE ET « ERPCM »

En 1999, un anciens étudiant Sénégalais en France qui a suivi avec assiduité l’Ecole traditionnelle des vieux retraités Manjaks de Marseille, sous la Direction de son Grand-père Louis Katinko Mendy, alors Doyen de la Communauté vers les années 1990, créa une Association Culturelle Manjak dénommée : « Equipe de Recherche et de Sauvegarde de la Culture Ethnique (ERSCE). En 2002 ERSCE devient Espace de Recherche et de Promotion de la Culture Manjak (ERPCM) qui s’érige , en 2011, en base de lancement de www.bakhonne.com.

Autrement dit, ERSCE était l’expression de www.bakhonne.com dans l’ombre, www.bakhonne.com, l’apparition de ERSCE à la Lumière, par le processus de transformation ERPCM. Sa Mission : Positionner, valider et dépasser l’œuvre des aînés, en se dotant de la mentalité pharaonique d’entrepreneur, de conquérant et de bâtisseur, d’un comportement visionnaire, régulateur des tensions et restaurateur de paix, en étant du temps pour le changement dans la vitalité et l’exigence, l’utilité et le défi, le débat et la confrontation des idées, le rassemblement et le dépassement pour des hommes et des femmes, des villages et des villes debouts, intelligents, exigeants et entreprenants, conformément au souhait ardent de « SOLEIL LEVANT» et de AKM.

Dans la Culture Manjak «Bakhonne » c’est le lieu de connexion de « Katsasa » - dernier échelon de la chaîne initiatique Manjak - à l’Univers du savoir. Dans ce lieu, le type de savoir, appelé « Connaissance profonde », se rattache à des niveaux protégés par des codes d’accès. Sa transmission s’opère par le biais de l’initiation car il ne peut être communiqué qu’à ceux qui le sollicitent, en prouvant par leurs efforts - « Mbaalër » : le fait de se dépouiller de sa nature inférieur au profit de la nature supérieur - leur désir de l’acquérir.

En résumé, nous disons que « la stratégie d’intégration et du rapport avec les origines repose sur le rapport entre l’homme et la femme, le lien entre le lieu d’accueil et d’origine, la mémoire et l’avenir et donc sur l’Histoire. Et, puisqu’il n’y a pas d’intégration sans la Langue, l’intégration par la langue reste l’acte culturel pour communiquer, échanger, faire le commerce social. Le phénomène de la langue est un moyen de ressourcement.

La langue est la vie des mots, l’expression, le sens, le langage, l’affirmation des principes, l’action de faire naître, éclairer et développer des choses. Les langues diffèrent par nuance pour affirmer leur souveraineté. La langue est au centre, au cœur du culturel, du traditionnel pour réveiller le sens de la vie ». C’est avec la langue qu’on apprivoise l’humanité, qu’on s’exprime dans sa volonté, ses besoins, ses profondeurs, ses désirs, ses ambitions, ses entreprises. La langue est l’expression du concret, le contraire du silence, la boîte noire de la civilisation d’un peuple. Ceux qui ne développent pas leurs langues sont faux, et donc malheureux.

Parler de la codification, c’est évoquer l’alphabet, la phrase, la conversation qui fait qu’un dialecte codifié puisse devenir une langue de communication qui évolue. Et qui suggère, invente pour que la codification ait tout son sens ? C’est le paysan au contact de la nature et non l’intellectuel dont la mission cependant est d’organiser ce que le paysan suggère. Tout ce qui n’est pas codifié n’est pas solennel, scientifique, pérenne, mis en facteur, en formule, catégorisé, quelque chose qui a ses propriétés, que l’on ne peut plus ignorer. On codifie une langue pour fixer les différentes démarches expérimentales. Puis, on crée une académie pour surveiller les formes codifiées.

Après la codification de la langue Manjack et l’autorisation du gouvernement pour son apprentissage, en dehors des anniversaires de Thiès et de Ziguinchor, seul la région de Kolda continue à déployer des efforts pour la conservation de la langue Manjack.
L’Académie des Langues nationales travaille avec l’Etat, les Ecoles, les Associations et les Laboratoires de recherche. Sa mission : harmoniser les règles de lecture et de grammaire, consolider la transcription, l’enseignement et l’utilisation des langues maternelles, faire d’elles les meilleurs instruments d’expressions culturelle et scientifiques, les vecteurs de transmission du savoir, du savoir faire, du faire savoir et du savoir faire faire. Au Sénégal, chaque langue codifiée dispose d’un collège de 6 membres : 4 membres permanents et 2 membres associés. Le Manjak est codifié depuis 2002, mais son Collège de 6 membres est toujours resté inactif, pendant que les autres langues nationales avancent.

Tout est une question d’organisation : le pouvoir passe par l’organisation, la paix passe par l’organisation, le développement passe par l’organisation, parce que dans l’organisation, il y a de la place pour tous et pour chacun.

Paris, le 07 Septembre 2011

Bliph Seckou Ndiaye



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